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Ma Diagonale des Fous 2012

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Ma Diagonale des Fous 2012

Message  Matthieu le Jeu 08 Nov 2012, 11:36

Que le temps fût long entre la décision de courir ce trail en fin d’année 2011, l’inscription réalisée en Mars et mon arrivée tant attendue sur cette magnifique île qu’est la Réunion.

S’en est suivi une préparation de presque 6 mois que j’avais élaboré pour être au top de ma forme ce 18 octobre 2012. Au passage, j’ai eu l’occasion de refaire ce magnifique marathon du Mont Blanc auquel j’avais déjà participé en 2010 et qui avait achevé de me donner le goût au trail et une CCC afin de me mettre en jambes sur un parcours de 90kms.

Et nous y voilà, enfin arrivé à Roland Garros (l’aéroport pas le stade), j’ai retrouvé dans l’avion Jean-Phi et Théo que j’avais rencontré lors d’un repas chez les Migeon peu de temps avant ainsi que Guillaume et son père venus également participer au GRR. Pour l’anecdote, le plaisir d’arriver à failli me coûter quelques désagréments puisque c’est le sac d’une autre personne que j’avais récupéré à la descente de l’avion, de quoi se retrouver quelque peu désappointé au moment de vouloir planter la tente en se retrouvant avec une garde robe féminine. Mais bon, une hôtesse m’a attrapé avant que je ne quitte l’aéroport avec celle qui du coup se retrouvait avec la panoplie du parfait petit traileur pour fêter sa lune de miel…
Un pot d’accueil était offert par l’organisation à l’aéroport et je déguste un délicieux punch coco avant de rejoindre Jean Phi et Théo à la location de voiture. En fait grâce à ceux-ci, je fais à mon arrivée la connaissance de Christian qui va les loger pendant leur séjour et celui-ci me propose de manière fort généreuse de m’héberger également pour mon arrivée sur l’île. Franchement ce fût un vrai plaisir de rencontrer Christian et Caroline (son épouse) et je pense que leur accueil m’a permi d’arriver frais et reposé sur cette diagonale et n’est donc pas étranger à ma réussite. Je rencontre également à ce moment là Céline qui avait discuté avec J-P dans l’avion, une personne charmante qui m’apprend qu’elle est tout de même plusieurs fois championne de France de Course d’Orientation et qui va cette année gagner la Mascareigne (une des « petites » sœurs du GRR qui fait tout de même 63km pour 3300m de D+) en finissant 5ème du scratch !!!!! Elle viendra même nous dire bonjour avant le départ pour nous encourager et suivra nos avancés au fur et à mesure de la course en plus de celles de ses collègues présents sur l’épreuve.

Pendant la journée du jeudi, je prépare tranquillement mes affaires et le matériel obligatoire.






De fil en aiguille, ou devrais-je plutôt dire de rhums arrangés en carry, nous voilà avec Jean-Phi en première ligne pour le départ. Je ne voulais pas être coincé dans la foule et nous sommes entrés dans le SAS dès 19h ce qui fût à mon sens une excellente idée pour 2 raisons. D’abord nous n’aurons que les élites qui viendront se mettre devant nous et ensuite j’ai récupéré 2 morceaux de carton qui vont nous permettre de nous allonger entièrement jusqu’à 30’ du départ. L’ambiance ici est géniale et arrive à faire un peu redescendre la pression. Bah oui, c’est tout de même l’OBJECTIF de mon année 2012, le truc que si tu te rate, t’as l’impression d’avoir raté ton année alors que le reste n’était finalement pas trop mal. J’ai tout de même hâte que ce départ tant attendu soit donné et de pouvoir lâcher les gaz (vu certaines odeurs certains ont du comprendre cette expression dans son sens le plus basique…)




22h, c’est partit, c’est même pour être franc la poussée de la foule qui fait claquer le starter puisque nous nous retrouvons à ce moment là propulsés contre les élites et que si le commissaire avait voulu attendre un peu, c’était un faux départ général !!!
J’ai décidé de ne faire cette course qu’à la sensation, je n’ai pas de montre, pas de plan de marche, juste pour but de me faire plaisir le plus possible et de rallier l’arrivée si possible dans les 100 premiers et j’ai été jusqu’à rêver de moins de 35h ce qui devrait me placer dans les 50 1ers en me basant sur les temps de l’an dernier. Je sais que mes objectifs sont atteignables mais il faut que tout se passe bien, que je ne me crame pas, ne me blesse pas, ne me perde pas, mange bien, boive bien, que la météo soit clémente, etc…

Les premiers kilomètres sont roulants et je file bon train en ayant l’impression de faire une balade malgré le fait que la pluie se soit invitée. En effet, si l’attente du départ s’est faite au sec, à peine celui-ci donné, une bonne grosse douche froide nous accompagnera jusqu’à Mare à boue et je ne commencerais donc à sécher qu’au petit matin après environ 7 heures de course. Je me retourne régulièrement sur cette portion car je suis sensé être accompagné de Guillaume que j’ai perdu de vue dès le départ. Je ne m’inquiète cependant pas, il est vraiment très costaud et devrait me rattraper dès que ca va devenir dur. Au bout de 5.5km, on tourne sur la gauche dans les champs de canne et je sais que ca va monter tranquillement encore 2km avant que la course ne commence vraiment. Je rattrape déjà quelques coureurs partis trop vite et me demande comment on peut être si inconscient alors que nous aurons plus de 170km pour nous exprimer… Je passe au 1er pointage en 30ème position (je le note dans mon CR mais à ce moment de la course je n’ai aucune idée de mon classement).

C’est à ce premier pointage que la course débute vraiment et c’est ici que les écarts vont commencer à se creuser. Cependant, pour moi cette montée se passe bien. Je commence à réaliser que je suis en forme car je trouve cette grimpette aisée malgré la pluie et la nuit alors qu’on m’avait prévenu que ce serait très dur. Je double encore quelques coureurs mais me retrouve déjà régulièrement sans aucune frontale en visu, ni devant ni derrière. J’ai juste un moment de surprise quand au détour d’un virage je tombe sur une tâche blanche bien luisante dans cette forêt pourtant si sombre et humide. Je mets 15s à réaliser que c’est le postérieur d’un coureur qui assouvit un besoin naturel et mon humour de folie reprenant rapidement le dessus je ne peux m’empêcher de lancer un « Alors, ça pousse ??? » auquel je n’ai pas de réponse mais qui va me faire rire tout seul une bonne dizaine de minutes. En arrivant au pointage du volcan, j’ai une petite frayeur lorsqu’un coureur me demande mon nom, je lui répond et découvre qu’il s’agit de Thierry Techer (un ancien vainqueur ici qui fait partit des favoris et qui a déjà fait plusieurs top 10 sur cette course), il m’a posé cette question alors que nous venons de distancer Vincent Delebarre (déjà vainqueur ici aussi) et du coup je commence à avoir peur d’être partit bien trop vite, je ne suis pas habitué à me retrouver avec des coureurs de ce niveau… Je passe au Volcan en 28ème position et prend plaisir à blaguer un peu avec la caméra en parlant du soleil, je fais également au passage une bise à Alex et Lydie qui m’encouragent et que je ne reverrais plus avant l’arrivée si tout se passe bien. Je suis heureux de réaliser que je n’ai pas vu le temps passer sur cette montée qui m’a parue plutôt courte, rapide et facile. Comme quoi quand on est en sous-régime et que la forme est là…




Avec Thierry, nous ferons route commune jusqu’à Mare à Boue, je mène le train et il m’indique les directions car il connaît le parcours par cœur, nous discutons donc tranquillement dans la pluie le vent et le brouillard, jusqu’à ce qu’une petite erreur de lecture de trajectoire (je soupçonne Thierry d’avoir fait exprès de mal me guider ^^) me fait plonger dans un fossé bourré d’épineux. Il m’aide à me relever et nous entendons une femme nous demander ce qui se passe, c’est en fait Emilie Lecomte qui est là et qui me voit ressortir du fossé. Sa présence nous permet de relancer un peu jusqu’au pointage ou je passe en 20ème position.
Les autres ont leur assistance perso mais pas moi donc je repars un peu en avance pour me diriger vers le Gite du piton des neiges, point culminant de la course. J’ai l’impression de ne pas avancer dans cette montée et Thierry me passe devant facilement. Je m’attends donc à voir passer Emilie également mais au lieu de ça, c’est moi qui rattrape Christophe Le Saux, on discute 5mn et il me rassure sur le fait que mon rythme est très bon et que personne ne risque de revenir tant que j’avance comme ça. Sur cette montée, aucun risque de se perdre, non pas que je repère facilement les fanions mais il suffit en fait de remonter le courant du cours d’eau qui s’est formé et nous fait avancer dans 10cm d’eau fraîche. Cette montée vers le Gîte passe très vite également et lorsque je pointe au sommet au 64ème km, j’ai l’impression de n’être qu’au début de la course alors que cela fait presque 10h que nous sommes partis et que nous en sommes à 4000m de D+ en cumul.
Je passe au pointage avec Christophe mais prend 5mn pour boire un coup alors que lui file droit vers Cilaos via la descente du Bloc.



Je trouve malgré les nombreuses marches et rochers cette descente relativement rapide et aisée mais là encore tout doit être question de forme et il me faut à peine 1h et 4mn pour rejoindre la première base vie à Cilaos ou m’attendent mon petit sac perso pour recharger mes gels ainsi que Coco (femme de Jean-Yves) qui m’accompagne quelques mètres en prenant des photos et en m’encourageant de toutes ses forces. En fait, elle, de son côté m’annonce mon classement et est super heureuse de me retrouver ici si bien placé et en très bon état. Je prends mon temps, mange une belle assiette de pates, et repars tranquillement. C’est la première fois de la course que je sais l’heure qu’il est ainsi que mon classement. Je me souviens que j’avais envisagé un passage ici à 9h20 et il est 8h48 (10h48 de course), tout va pour le mieux et me paraît simple. Dire que certains font tout un foin de 72km pour 4000m de D+ alors que je viens juste de commencer ma balade… Je blague la dessus mais c’est impressionnant comme le cerveau fait réagir lorsqu’il est « conditionné », en effet, sur des trails de 80kms, au 72ème j’ai hâte de finir alors que là j’ai hâte de continuer.

Après Cilaos, je m’attendais à monter vers le Tailbit (en fait je n’avais en gros pas cherché à repérer le parcours ni à en apprendre le relief, gros morceaux mis à part. Mais en fait, nous descendons d’abord assez bas vers Bras rouge avant de remonter jusqu’au pied du Tailbit puis au Tailbit lui-même ce qui constitue tout de même 1300m de D+ à enchainer, qui plus est en plein cagnard puisque le soleil s’est décider à se montrer et qu’ici il ne fait pas les choses à moitié. C’est dans cette descente que je me retrouve avec Anthony avec qui je sympathise et nous décidons de faire un bout de chemin ensemble, bout de chemin qui s’avèrera en fait être l’intégralité de Mafate. Il m’explique qu’il a eu de gros problèmes intestinaux dans la montée du volcan et a du faire plusieurs escales techniques quasiment au milieu du chemin. Je réalise à ce moment là que c’était lui la tâche blanche dans la montée mais n’ose pas lui expliquer que je suis celui qui lui avait fait une super blague à 2 euros… Nous apercevons en contre bas Emilie qui est à peine à 1 ou 2 mn et pensons qu’elle va nous rejoindre très rapidement. Elle nous retrouvera en fait juste avant le col et c’est dans sa foulée que je fais la descente jusque Marla, je discute un peu avec Emilie que j’avais croisé il y a 3 ans à Fontainebleau sur les 25 bosses lors de ma première préparation trail pour le marathon du Mont Blanc. Anthony est moins à l’aise dans les descentes techniques et arrive juste un peu après au ravitaillement. Je repars donc avec lui un peu avant Emilie qui prend plus de temps pour se restaurer ici. Ce ravitaillement marque également un point important puisque nous sommes exactement à la moitié du parcours.

Cette traversée de Mafate de Marla au col de Fourche, je l’ai reconnue avec Jean-Philippe et je suis donc confiant, c’est une partie facile qui devrait permettre de récupérer un peu. Nous décidons avec Anthony de ne surtout pas forcer, on trottine sur le plat et en descente et marchons d’un bon pas en côte. Il a déjà gagné quelques trails et me dit que sur ce rythme, on devrait finir sans perdre de places au classement, voir même reprendre du monde et profiter des abandons. En effet, depuis Marla, on nous annonce systématiquement nos classements et je sais donc que je peux rester vers la 20ème place si je n’explose pas en vol. Pour le moment tout continu à être facile pour moi, je ne ressens aucune fatigue, n’ai mal nulle part et j’ai la grosse patate mentalement (certainement lié au fait que je sois dans les 20…). Avec Anthony nous discutons de la suite du parcours et sommes confiants, on devrait arriver vers Roche Plate à la tombée de la nuit et du coup faire la montée du Maido sans la chaleur de la journée. On projette du coup de faire la nuit ensemble histoire de ne pas galérer avec les balises et de se tenir compagnie.
Dès le début du sentier Scout, nous sommes rejoins par un coureur réunionnais qui pète la forme et se met derrière nous pour profiter du petit groupe. Peu de temps après, c’est Emilie qui nous rejoins, elle avance bien et je décide de lui emboiter le pas. Je prends ensuite le relais et sommes du coup 4 à filer bon train jusqu’Ilet à Bourse puis Grand Place. Ici je ressens un petit peu de fatigue et laisse donc Emilie et le Réunionnais repartir devant, Anthony de son côté commence à avoir de très sérieuses douleurs aux cuisses et reste avec moi. Je l’informe que je vais marcher quelques temps même sur les portions plates histoire de bien récupérer en mangeant et buvant. La technique est efficace, non seulement personne ne nous rattrape mais en moins d’1 heure, j’ai retrouvé la pêche. Le bilan est moins cool pour Anthony, il a de plus en plus mal aux jambes et je l’attends dans la montée vers Roche Plate ou nous avons décidé de nous poser un petit quart d’heure avant de s’attaquer au Maïdo. Il me dit plusieurs fois de partir mais je ne suis pas à quelques minutes près, c’est peut-être lui qui m’attendra cette nuit si j’ai un passage à vide et il est agréable de faire la route en bonne compagnie. De plus je n’ai pas changé et j’aime discuter ce qui ici me permet, en plus des paysages sublimes que nous traversons, de ne pas voir le temps passer.








Ravitaillement effectué, nous attaquons cette fameuse montée du Maïdo, celle-ci a apparemment duré un peu plus de 2 heures mais honnêtement, je n’ai pas vu le temps passer et ne l’ai pas trouvé vraiment difficile. Peut-être est-ce du au fait que je sois resté un sous régime ou que j’ai passé une partie de cette ascension à encourager Anthony mais le plus important c’est que je viens de ressortir de Mafate et que j’ai encore la super forme (certaines mauvaises langues diront que cette forme est tout de même bien moche mais ce qui compte c’est l’impression que le coureur a à ce moment là au bout de 23 heures de course). De plus j’ai reconnu en rando cette partie entre le Maïdo et Halte-là et je suis donc confiant.

Nous passons donc au poste de contrôle du Maïdo avec Anthony en 17 et 18ème position et traçons la route vers Ilet Acide. Je sais que cette ligne de crête va être longue mais qu’après la descente vers Sans-Soucis puis Halte-là sera roulante et pourra se faire intégralement en courant et de plus à une allure très correcte. Ce que je n’avais pas prévu, ce sont les douleurs aux cuisses qui vont choisir ce moment pour arriver, je vais donc prendre le temps d’avaler un doliprane pour cacher un peu tout ça et pouvoir courir sans me poser de questions. Cependant, cette portion sera fatale à Anthony, il a des brûlures à l’intérieur des cuisses, les jambes complètement coincées par l’acide lactique, une douleur au releveur droit et me confie qu’il a très envie de dormir. Il finit par me convaincre juste après Ilet Acide de continuer sans lui ce que je finis par faire à mon plus grand regret en insistant bien pour qu’il se repose, se fasse soigner et reparte mais j’apprendrais plus tard qu’il a abandonné à Sans-Soucis.

Pour ma part, c’est une nouvelle course qui commence, je retrouve mes 33 ans (bah oui, les 125 km passés m’ont bien fait prendre 20 ans physiquement) et je dévale à grande vitesse (ce n’est peut-être qu’une impression mais c’est grisant) jusqu’à l’école de Sans-Soucis. Je double un coureur quasiment à l’arrêt dans cette descente et calcule vite fait que je dois rentrer dans les 15 1ers du classement. Je me permets en arrivant quelques fantaisies comme des petits sauts en claquant les pieds sur le côté et autre pour amuser le public encore si nombreux en pleine nuit, et je prends le temps de répondre à la sollicitation de la maîtresse qui me demande de tremper ma main dans la peinture pour laisser mon empreinte sur le mur de l’école et de signer en dessous avec mon n° de dossard. C’est génial l’émulation autour de cette course et je suis vraiment heureux de laisser une empreinte aussi petite soit-elle de mon passage ici (en plus je pose ma main à côté de celle de Kilian, vu la différence de taille je pense pouvoir le battre au bras de fer sans problème). La prochaine étape est le stade de Halte-là où je dois récupérer mon 2ème sac perso avec mes gels. Ce n’est pas bien loin et il me faut moins de 50’ pour rejoindre cette deuxième base vie. Comme depuis que la nuit est tombée, je prends le temps de discuter avec les bénévoles en m’asseyant sur un tabouret le temps de laisser un peu refroidir la soupe que l’on m’a servie. Ceux-ci sont aux petits soins, on va me chercher mon sac, on me rempli mes bidons (1 avec de l’eau et l’autre avec un mélange eau + coca), un petit coup de pommade sur mes épaules qui ont de petites brûlures suite aux frottements du sac. Ils sont surpris de voir que je ne suis pas fatigué du tout et que mon estomac me permet toutes les fantaisies puisque je mange dans n’importe quel ordre un peu de tout ce qui se trouve sur la table de ravitaillement (saucisson, abricots secs, soupe, banane séchées, bananes, un gel), un coup de Dynamalt. En fait, tout me fait envie et tout passe sans problème alors mon seul but est de bien remplir le ventre. Je sais que la boisson et les gels me donneront de l’énergie pour finir mais je ne veux pas avoir une sensation de ventre vide.
(image reçu de mon pote Julien qui suivait ma remontée au classement et qui m'a fait beaucoup rire)


Je repars de ce poste en 13ème position car 2 traileurs me précédant ont abandonné ici. Mais je ne le sais pas, pour moi je suis 15ème et j’an suis déjà plus qu’heureux. On m’annonce le coureur précédent à 10mn et je me dis que je dois pouvoir le reprendre. Je monte donc en appuyant de nouveau un peu plus vers Dos d’âne et le chemin Ratineau et dépasse très vite mon prédécesseur puisque je vais lui prendre en fait 17mn sur cette portion de 6 kms. Je suis donc 12ème lorsque j’attaque la descente vers Possession. Cette portion est très longue, trop longue à mon goût. J’ai la forme, je cours dès que le sol me le permet mais la descente est interminable. Je croise à 2 endroits des gars en pleine nature qui m’appellent en me voyant arriver :
« FRED !!! FRED !!! »
« Heu non les gars, désolé mais moi c’est Matthieu, ça va sinon ? »
« Oui, oui mais vous savez si un coureur est juste derrière vous ? »
« Bah oui je viens de le doubler, il doit être à 10’ »
« OK, merci, au revoir… »
En fait ces gars attendent Frédéric Crocquevieille, un des favoris réunionnais pour l’accompagner un bout de chemin. Je trouve ça un peu injuste vu que je suis de mon côté seul depuis presque 5 heures mais je ne focalise pas dessus et trace ma route.
Par contre, je m’énerve un peu contre le balisage, de longues portions n’ont aucune signalétique et je fais plusieurs demi-tours pour m’assurer ne pas avoir raté un embranchement. Ca n’est en fait jamais le cas mais je peste de perdre au moins 20mn dans l’histoire alors qu’un coureur « aidé » me poursuit. De plus, peu avant Possession, je retrouve des flèches fluo sur le sol indiquant le sens inverse de celui dans lequel je vais. Dans ma tête et pendant plus de 30’ (le temps de croiser un bénévole) je me suis paumé et je suis sur le chemin par lequel je dois ressortir de Possession (j’apprendrais par la suite en discutant avec lui sur le stade que Christophe Le Saux a eu exactement le même problème à cet endroit). Ceci dit je me dis que ça va m’amener au poste de contrôle et me refuse à faire ½ tour. Je sors pour la première fois mon téléphone de son étui et me décide à lire les 38 sms reçus depuis le départ pour passer le temps.
C’est génial tous ces amis qui me soutiennent encore en pleine nuit, tous sont sur le cul de mon classement et de ma remontée. Je prends le temps de répondre à Julien au téléphone puis me remets dans ma course.
Quel soulagement quand je peux enfin pointer au poste de contrôle. On m’annonce 11ème suite à un nouvel abandon. Je commence seulement à réaliser la performance. Je vais aller au bout de cette diagonale, je n’en ai jamais douté mais j’en suis désormais absolument certain, mais en plus je vais faire la plus grosse performance de ma vie en finissant dans les 15 1ers de cette course !!!

Aller hop mon ptit père, direction Grande Chaloupe via le terrible chemin des Anglais. Enfin on me l’a annoncé terrible mais moi je le trouve plutôt sympas en fait mis à part la dernière descente en dévers sur Grande Chaloupe. Le temps passe vite, je cours dès que c’est plat ou descendant mais sans m’en rendre compte au début, ce chemin si il ne m’a pas gêné outre mesure me fait ressentir de belles ampoules sous les pieds. Il va falloir faire 15km avec les pieds qui brûlent et je me maudis un peu de ne pas avoir mis un combo chaussettes / chaussures sèches dans un des sacs coureur. J’arrive à Grande Chaloupe à 5h du matin, le soleil commence à poindre et ça sent bon la fin de course.

Les ampoules ne me dérangent en fait pas du tout sur les portions montantes ou roulantes mais juste lorsque ça descend dans du technique. J’y pense un peu mais me dis que ça tiendra sans problème jusqu’à La Redoute.

La suite me paraît cependant très longue, j’ai la forme et j’avoue même que j’ai trouvé agréable la montée vers Colorado mais j’ai maintenant hâte d’arriver. Il est 6h du matin et je viens de faire à nouveaux quelques allers-retours pour m’assurer être sur la bonne route mais la fin approche, je suis content d’être content, je cours une bonne partie de cette dernière montée et suis toujours 11ème au dernier pointage à Colorado. Il me reste de quoi boire et j’ai encore des gels donc je ne m’arête pas du tout à ce dernier ravitaillement et file vers l’arrivée tant promise. Juste après ce point de contrôle, je vois une jeune réunionnaise qui cours vers moi et me demande un autographe dans son agenda, je signe bien sur sans même me poser la question mais m’amuse de tout ça, c’est bien la première fois que ça m’arrive, comme quoi cette course à vraiment une place toute particulière dans le cœur des Réunionnais. Il n’y a qu’à peine plus de 4km de descente, je m’imagine donc arriver très vite sur le stade et pouvoir enfin savourer mon passage de ligne. Et bien c’était sans compter sur cette dernière descente… Mes pieds brûlent lorsque je prends appui sur les cailloux irréguliers, j’hésite encore quelques fois sur la direction à prendre, et puis j’ai envie de finir et ça ne finit pas. Je m’excuse au passage auprès de toutes les mamans du monde que j’ai insulté durant cette descente (le capitaine Haddock a trouvé son maître niveau gros mots) qui va finalement durer presque 1 heure.

Enfin le voilà, le fameux stade de la redoute, l’arrivée tant attendue me tend les bras, je relance sur la dernière portion de route puis sur le stade pour enfin passer la ligne au bout de 34h04 en 11ème position. Caroline, Théo, Alex et Corinne sont là pour m’accueillir, une petite interview durant laquelle on me demande si je suis heureux de mon chrono, ce que j’ai pensé de la course et si je compte revenir l’an prochain (en faisant parti des élites qui plus est) mais je réponds sans trop réfléchir et précise juste que je reviendrais mais pas en 2013. Je savoure juste cet instant en gardant un sourire niais sur le visage. 6 mois de préparation qui aboutissent sur un résultat inespéré. Les filles m’accompagnent jusqu’aux podologues (qui ne sont en fait pas là), rigolent en voyant l’état de mes pieds et sont aux petits soins. Je demande des nouvelles de Gille, Jean-Phi, Jean-Yves et Pierre. Gilles et Jean-Phi ont malheureusement abandonné mais les 2 autres fous sont encore en course. Par contre, ils n’arriveront pas avant le lendemain.




Je n’ai désormais plus qu’à profiter, mais on verra cela à partir de dimanche car en fait, une fois les nerfs relâchés, je suis incapable de me déplacer ou presque, j’ai mal aux cuisses comme jamais et n’arrive quasiment plus à bouger la jambe droite sans m’aider de mes mains. Je ne peux même pas m’allonger car je ne trouve pas de position non douloureuse. Par contre niveaux sommeil, ça va bien, je vais juste faire une petite heure de sieste dans l’après midi et ne dormirais que le soir.
Le lendemain, je me rends sur le stade pour la remise des prix et revoir un peu tous les amis fous de cette édition 2012.
A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai repris les entrainements et n’ai aucune douleur. C’est même la première fois que j’avais envie de recourir si vite après un ultra.

Cela peut paraître surprenant mais ce GRR a pour moi été plus « facile » que le GRP ou la CCC (sur lesquels j’avais tout de même eu des passages à vide, surtout le GRP ou l’abandon m’avait traversé la tête), pas une fois je ne me suis posé de question sur ma capacité à aller au bout, pas un seul vrai coup de barre, ça a été du bonheur du début à la fin et je n’ai pas vu le temps passer. Je me pose déjà la question de rallonger la distance…

Une autre remarque que je me fais est que sur des courses si longues, tout peut sembler différents suivant son classement. En effet, j’ai contrairement à beaucoup, je n’ai pas eu de boue ou presque en passant Mare à Boue (à peine 2 petites glissades), j’ai traversé tout Mafate sous le soleil et le sentier Scout était sec. J’ai presque toujours été seul sur les postes de ravitaillement et avait une armée de bénévoles prêt à m’aider même lorsque je n’avais besoin de rien.

Merci à tous de m’avoir soutenu, encouragé, félicité, et pour les plus courageux lu jusqu’au bout.


Dernière édition par Matthieu le Ven 09 Nov 2012, 09:19, édité 7 fois
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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  Olivier le Jeu 08 Nov 2012, 12:53

J'ai lu jusqu'au bout Very Happy
Vraiment fantastique, pendant 1/4 d'h j'ai voyagé !!
Merci pour le CR et de nous avoir fait partager ta course et tes sensations ! encore bravo
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Olivier

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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  IsaH le Jeu 08 Nov 2012, 14:04

Bravo Mathieu. Ca parait tellement trop facile Cool
Même pas fatiguée en lisant ton superbe compte-rendu
Bonne reprise et j'imagine de nouveaux beaux challenges à venir

IsaH
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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  ThierryF le Jeu 08 Nov 2012, 15:48

Merci Matthieu pour ce fabuleux résumé de ta course , tu as vraiment réalisé quelque chose de Grandiose ,j' ai moi aussi voyagé en lisant
integralement ton récit, que de courage et de volonté .Fiere de toi et surtout fiere d'être ton pote...
Thierry .F afro
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ThierryF

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Re: Ma diagonale des Fous

Message  Jacques le Jeu 08 Nov 2012, 21:45

Merci Matthieu .
Ce C.R est magnifique , superbe . On le vit au fur et à mesure de ta progression .
A te lire on pourrait croire que " c'est facile " ,car en plus tu t'es permis d'attendre et d'aider des concurrents en difficultés , et de partager durant la course quelques moments de complicité avec les populations locales . Quelle humilité ! quelle générosité !
Chapeau Matthieu .Tu es un grand et tu peux être fier de ce que tu as fait .

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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  Céline le Ven 09 Nov 2012, 00:29

Depuis le temps qu'on l'attendait ton récit !!! Pas déçue du voyage !!! Tu trouves les mots pour nous faire vivre par procuration ton aventure !!! C'est extraordinaire ce que tu as réalisé !!! Un exploit !!!! Je n'en reviens toujours pas !!! On a juste l'impression que tu t'es baladé tout le long de cette course de dingue !!! C'est magique !!!
Encore et encore Bravo Monsieur Matthieu !!!!
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Bravo

Message  yoyo_ le Ven 09 Nov 2012, 11:17

Super Matthieu ! Je suis content que tu sois content d'être content.
Enooooooooooooormme perf ! Bravo

yoyo_
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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  Jean-Phi le Ven 09 Nov 2012, 11:30

Bravo pour ton compte rendu et surtout pour ta performance, ta remontée au classement nous a tous tenu en haleine durant toute la course. Theo et moi garderons un excellent souvenir de ce séjour partagé longuement avec toi. Cela fait drôle de t'entendre dire que la course t'a semblé facile alors que pour 99% des coureurs ce fut une vraie galère, dans le froid, la pluie, la boue, et la chaleur, cette aisance durant le parcours t'a permis de faire partie maintenant de l'élite du Trail. Ne lâche rien et bientôt les podiums vont se présenter a toi. Bravo champion

Jean-Phi
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Juste GENIAL

Message  Poucet le Sam 10 Nov 2012, 09:10

GENIAL, vraiment GENIAL !!!!
J'ai souffert sur cette course .... mais quel plaisir à te lire !!!!
La course comme on rêve de la vivre.
Bravo CHAMPION.
Poucet

Poucet
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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  AlexEaubonne le Sam 10 Nov 2012, 10:07

Dans les moments de fatigue et les coups de mou il m'arrive de me demander pourquoi je cours.
Après avoir lu ton récit, je ne sais toujours pas pourquoi, mais ta motivation et ton envie sont en tout cas très contagieuses. Un récit pareil, ça donne de quoi se requinquer pour les durs mois de l'hiver ! Very Happy

Encore bravo pour ta perf' et merci pour ton super récit qui laisse vraiment pantois ! (courir sans montre, non mais on aura tout vu tongue )
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AlexEaubonne

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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

Message  EricM le Sam 10 Nov 2012, 11:32

Topissime ton CR, Matthieu ! Je ne sais pas si tu es plus doué pour courir ou pour écrire....Mais les émotions, elles passent grave, à travers tes supers récits ! Sinon, j'ai trouvé trés sympa le blog perso de Céline Dodin Wink
Félicitations et respect pour tout ça....
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EricM

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Félicitations...

Message  Céline 2 le Sam 10 Nov 2012, 13:43

Ravie de t'avoir rencontré sur cette épreuve, c'était sympa de te suivre sur toute la première partie de la course sur internet et à la radio, et de voir à la fin de la mienne que tout s'était super bien passé pour toi...
C'est juste génial de pouvoir lire maintenant ton CR et imaginer ce que tu as vécu de l'intérieur sur cette belle aventure !

Céline 2
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Chapeau

Message  JcH le Sam 10 Nov 2012, 20:49

Bravo et chapeau monsieur mathieu. Magnifique performance dans une des plus difficiles courses du monde...merci de nous permettre de vivre ton aventure par ton récit. Encore bravo et chapeau MAthieu...
Jc ( un pote d EricM)

JcH
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sacré champion

Message  carorun le Lun 12 Nov 2012, 20:04

Very Happy c'est avec un grand plaisir que j'ai pu revivre cette superbe étape, cette course de malade et me remémorer tous ces bons moments passés ensemble.
Accueillir un champion c'est pas donné à tout le monde!!!!!
Je suis heureuse que nous ayons pu contribuer à ton bien être. Bon courage pour la suite et court forest, court !!!!!!!!
PS: récit passionnant, je me croyais en direct

A bientôt, dans de prochaines aventuressssssss

Les Bénédictins.

carorun
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Miam miam

Message  Nico M le Dim 25 Nov 2012, 18:04

Ho oui bravo !

Je ne pense pas avoir beaucoup plus dormi que toi pendant la course tellement j'avais envie d'y être bounce
J'ai du un peu te spammer au passage d'ailleurs !

Plus qu'une question: tu penseras à nous faire un devis de location de jambes s'il te plait ?

A +

Nico M
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Re: Ma Diagonale des Fous 2012

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